Nous sommes nombreux et s’arracher les cheveux devant les dĂ©fis et obstacles qui s’Ă©lĂšvent sur notre route d’une Ă©ducation positive, c’est Ă dire une Ă©ducation sans violences. Mais pourquoi les scandinaves y arrivent-ils et pas nous? Les raisons sont en fait systĂ©miques. Et dans cet article, vous allez en savoir plus.Â
1 â Premier obstacle: La Culture.
Câest tous ces gens qui se disent que « puisquâon a toujours fait comme ça, pourquoi changer ?».
Ceux qui ne connaissent rien aux enfants, qui ne veulent rien en connaĂźtre, et qui pensent que parce quâilspeuvent procrĂ©er, câest OK et que « merde, on a Ă©tĂ© Ă©levĂ©s comme ça et on nâen est pas mort ».
Eh bien non.
Avant, on ne savait rien des enfants, de leur cerveau, de leurs besoins, de leur dĂ©veloppement. Etmaintenant, on sait. Mais pour accĂ©der Ă ce savoir, il faut sâintĂ©resser. Il faut apprendre.
Câest un peu comme faire la cuisine. Se faire Ă manger en se rĂ©chauffant un plat, tout le monde peut le faire. Mais pour cuisiner, il faut se documenter et apprendre.
Donc, il y a dans les pays latins une espĂšce de refus de se remettre en question avec une culture du despotisme de l’adulte (qui porte dĂ©sormais le nom d’Adultisme) ou du chef.
Par exemple, on vous prive de libertĂ© (câest moi qui dĂ©cide !), on ne vous donne pas toute lâinfo (cela ne te regarde pas !), on vous rabaisse (tu es encore trop jeune et inexpĂ©rimentĂ©), on vous contraint (tu fais ce que je te dis de faire, c’est tout ), etc. Le mĂȘme discours: aux employĂ©s et aux enfants. On traite les employĂ©s en les privant de bien-ĂȘtre, et on traite les enfants de lamĂȘme maniĂšre. Les deux sont dĂ©pendants. Les deux doivent s’abstenir de broncher.
2 â DeuxiĂšme obstacle: Le SystĂšme
Pour faire bref, si le systĂšme laissait les parents ĂȘtre parents, donner du temps Ă leur progĂ©niture, se rĂ©veiller la nuit et sâen occuper, en ayant la possibilitĂ© dâadapter leurs horaires par exemple, lâĂ©ducation positive ferait beaucoup dâĂ©mules. Au lieu de cela, on met la pression aux jeunes parents pour que coĂ»te que coĂ»te, ils soient opĂ©rationnels comme les autres, et surtout au mĂȘme moment que les autres. Tout iraitr bien si on leur disait, « câest OK, venait aprĂšs une bonne nuit de sommeil et soyez efficaces »⊠les entreprises qui ont laissĂ© les jeunes parents adapter leurs horaires ont toutes obtenu des employĂ©s plus productifs. Mais non. On refuse aux parents le bien-ĂȘtre pour des raisons culturelles (voir raison 1), et au profit de vision (fausses) et productivistes, alors les parents malheureux et stressĂ©s mettent la pression sur les Ă©paules de leurs enfants pour quâils sâadaptent⊠c’est injuste et ça fait mal.

3 – TroisiĂšme obstacle: Une certaine idĂ©e de ce qu’est un Homme
Oh oui! Jâimagine que ça va crier dans les chaumiĂšres « Ă scandale, comment ose-t-elle ? », pourtantc’est pure vĂ©ritĂ© et Ă un moment, il est temps que les voix sâĂ©lĂšvent.  Jâai interrogĂ© une quarantaine de mamans de maniĂšre anonyme pour savoir si elles trouvaient que leur partenaire masculin leur rendait la vie plus simple ou plus compliquĂ©e. La rĂ©ponse ?
đ 71% des mamans interrogĂ©es ont rĂ©pondu que la prĂ©sence de leur partenaire rendait la tĂąche Ă©ducative plus compliquĂ©e.
Et lĂ , on touche tout simplement au sempiternel problĂšme de la domination des hommes sur les femmes. Aujourdâhui, peu dâhommes laissent de lâespace, de la libertĂ©, de la place aux soins des enfants par leur femme. Ils rĂąlent, refusent, sâĂ©nervent, sâagacent, menacent quand la mĂšre essaie de rĂ©pondre Ă son enfant en le prenant avec elle, en dormant avec lui, en lâallaitant, en l’Ă©coutant.
La majoritĂ© des femmes sâĂ©tant sĂ©parĂ©es de leur enfant la nuit dĂ©clarent quâelles lâont faitĂ cause de la pression que leur mettait leu partenaire. Et cela, en raison de la croyance en cette idĂ©e (dĂ©bile) quâil faudrait sĂ©parer lâenfant de sa mĂšre pour les faire dĂ©fusionner … l’idĂ©e est dĂ©bile car elle est scientifiquement nulle. Bien au contraire, la thĂ©orie de lâattachement avance des thĂšses inverses et les Ă©tudes sur le cerveau de lâenfant montrent que la meilleure chose pour lui est le lien proche, frĂ©quent, ininterrompu et autant qu’il en fait la demande. Cela ne rend pas l’enfant « gĂątĂ© pourri » mais aimĂ©. Et l’amour fait foisonner les connexions neuronales.
En parallĂšle, les hommes peinent Ă prendre part aux charges du foyer et sont rĂ©fractaires Ă l’idĂ©e d’une Ă©ducation positive… Les femmes peinent donc encore plus Ă accompagner positivement leurs enfants.
Et c’est clairement ce que nous voyons dans nos ateliers! Une majoritĂ© de femmes les frĂ©quentent et s’y plaignent de conjoints rĂ©calcitrants Ă offrir Ă©coute, dialogue, bienveillance Ă leur enfant.

Donc voilĂ oĂč nous en sommes…
Tout le monde se plaint des enfants, alors que le problĂšme est ailleurs. Les enfants ne sont ni tyranniques ni capricieux. Ils nâont pas besoin de sĂ©paration pour grandir, mais de proximitĂ©. Et lâĂ©ducation positive nâest pas un ennemi Ă abattre.
Les enfants qui réclament leur mÚre la nuit sont normaux
Ce qui nâest pas normal câest dâessayer de se prĂ©senter comme le seul mammifĂšre de tout le rĂšgne animal qui ne devrait pas rester au cĂŽtĂ© de son petit pour le protĂ©ger jusquâĂ ce quâil ait acquis une certaine autonomie.
Ce qui nâest pas normal, câest la culture de chef/parent despote que lâon a chez nous.
Ce qui nâest pas normal, câest un systĂšme qui fait payer aux parents le fait dâĂȘtre parent.
Ce qui nâest pas normal, câest de priver les femmes de leur corps, de leur maternitĂ© sur lâautel de lasexualitĂ© masculine qui peut devenir maladive.
Ce qui nâest pas normal, câest refuser de sâeffacer pour laisser la mĂšre sâoccuper de son petit.

Le cas des pays scandinaves
Si vous observez attentivement la situation des pays scandinaves et, si vous vous demandez pourquoieux, ils y arrivent, les raisons sont lĂ :
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Ils entretiennent des rapports hiérarchiques horizontaux, et ainsi en est-il dansleurs familles aussi.
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Ils ont un systÚme égalitaire, ou le genre ne donne droit à aucun avantage.
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Ils forment des unions Ă©galitaires oĂč les femmes ne sont pas considĂ©rĂ©es comme des objets, oĂč elles sont libres et oĂč les devoirs du foyer et de la parentalitĂ© sont partagĂ©s.
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Ils ne sont pas de culture chrĂ©tienne mais de culture protestante (cela change toutsur la place de l’individu et de la femme)
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Ils ne sont pas de culture freudienne (ils ne croient pas au complexe d’oedipe ni Ă des idĂ©es latentes du type « lâenfant est un pervers polymorphe » (S. Freud)).
Ayant Ă©tĂ© baignĂ©e moi-mĂȘme dans ce bain culturel, je vous avoue que je suis restĂ©e trĂšs longtemps aveugle. Il y a quelques annĂ©es, je me serais mĂȘme sentie mal Ă l’aise Ă l’idĂ©e de lire mes propres propos. Il a fallu que je travaille beaucoup sur moi pour accepter dâouvrir les yeux et comprendre lâampleur du problĂšme.
Selon moi, la seule chose qui puisse nous permettre de changer radicalement notre monde, et bienentendu lâĂ©ducation qui est donnĂ©e Ă nos enfants, câest lâĂ©volution du regard des hommes surnous, les femmes.
Qu’on nous laisse materner, allaiter, avoir un cycle menstruel, donner la vie dans la position qui nous convient, Quâon nous laisse ĂȘtre comme nous sommes sans essayer de sâapproprier ou de vendre plus, grĂące Ă nos corps « objets de dĂ©sir », dĂ©possĂ©dĂ© dâidentitĂ©âŠ
Si on laissait les femmes ĂȘtre ce quâelles sont, le monde entier serait mieux aimĂ©.
Pour aller plus loin:
- Article Hufftingtonpost: A qui sert le droit des femmes de disposer de leur corps?
- Libération: Il faut réaffirmer le droit des femmes à disposer de leur corps
- Parents: Bébé est là , on pense aussi à son couple!
- Info RH: Les gros défauts du management à la française

